« Ce mauvais rêve n'aurait sûrement effrayé personne d'autre, d'ailleurs. Nulle créature ne bondissait dans mon dos en beuglant "Hou!". Aucun zombie, aucun fantôme, aucun psychopathe ne le hantait. Il ne s'y passait pas grand chose, en verité. Rien même. C'était juste le labyrinthe infini des arbres moussus, si tranquille que le silence provocait une pression gênante contre mes tympans. Il faisait sombre, comme au crépuscule d'un jour couvert, avec juste assez de lumière pour constater qu'il n'y avait rien à voir. J'avançais dans le noir sans suivre de chemin, cherchant, encore et encore, infatigablement, de plus en plus frénétique au fur et à mesure que les heures s'écoulaient, m'efforçant d'accélérer le pas alors que la vitesse me rendait maladroite... Puis survenais l'instant - je le sentais arriver mais ne réussissais pas à me tirer du sommeil avant qu'il surgisse - où j'oubliais ce que je traquais. Je comprenais alors qu'il n'y avait rien à chercher, rien à trouver. Qu'il n'y avait jamais rien eu d'autre que ces bois déserts et mornes, et qu'il n'y aurait jamais rien de plus pour moi, sinon le rien.»